La CPGE Lettres à Jules Guesde : notre philosophie

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          « A un enfant de maison qui recherche les lettres, non pour le gain (car une fin si abjecte est indigne de la grâce et faveur des Muses, et puis elle regarde et dépend d’autrui), ni tant pour les commodités externes que pour les siennes propres, et pour s’en enrichir et parer au-dedans, ayant plutôt envie d’en tirer un habile homme qu’un homme savant, je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine, et qu’on y requît tous les deux, mais plus les mœurs et l’entendement que la science ; et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière.

          On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir, et notre charge ce n’est que redire ce qu’on nous a dit. Je voudrais qu’il corrigeât cette partie, et que, de belle arrivée, selon la portée de l’âme qu’il a en main, il commençât à la mettre sur la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d’elle-même ; quelquefois lui ouvrant chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu’il invente et parle seul, je veux qu’il écoute son disciple parler à son tour. (…) Qu’il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire mais de sa vie. Que ce qu’il viendra d’apprendre, il le lui fasse mettre en cent visages et accommoder à autant de divers sujets pour voir s’il l’a encore bien pris et bien fait sien (…) C’est témoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on l’a avalée. L’estomac n’a pas fait son opération, s’il n’a fait changer la façon et la forme à ce qu’on lui avait donné à cuire. (…) Qu’il (…) ne loge rien en sa tête par simple autorité et à crédit (…)  Qu’on lui propose cette diversité de jugements : il choisira s’il peut, sinon il en demeurera en doute. (…) Car s’il embrasse les opinions de Xénophon et de Platon par son propre discours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les siennes. Qui suit un autre, il ne suit rien. Il ne trouve rien, voire il ne cherche rien.  Qu’il sache qu’il sait, au moins.  Il faut qu’il emboive leurs humeurs, non qu’il apprenne leurs préceptes. Et qu’il oublie hardiment, s’il veut, d’où il les tient, mais qu’il se les sache approprier. (…)

          Les abeilles pilotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées d’autrui, il les transformera et confondra, pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement. Son institution, son travail et étude ne vise qu’à le former. (…) Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage. Savoir par cœur n’est pas savoir : c’est tenir ce qu’on a donné en garde à sa mémoire. (…)

Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse, c’est un homme. »

 

Montaigne, Essais, livre I, chapitre 26 : « De l’institution des enfants »

 

Ces injonctions de Montaigne, nous les faisons nôtres, en toute modestie.

  Nous travaillons avec enthousiasme, non pour « le gain », car c’est ainsi, pensons-nous, que nul n’en sort perdant. E.N.S., I.E.P., Ecoles de management, Ecole du Louvre, et bien d’autres : chacun et chacune trouve, au terme des 2 ou 3 années passées chez nous, « chaussure à son pied ». « Tête bien faite » alors, « habile homme » ou femme, vous serez prêt à engager sereinement la poursuite de vos études supérieures. « Sens et substance » des choses, voilà bien notre souci. Sens critique aussi, et souci en toutes disciplines d’une méthodologie. Toutes choses dont on fera son miel, ou sa culture générale : « Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage ».

Atteindre au meilleur de soi-même, telle est notre devise.